Mon promoteur ne corrige pas les défauts constatés à la livraison de mon logement neuf : quelles démarches entreprendre ?

Modifié le  Dim, 1 Mars à 6:46 H

Émettre des réserves lors de la livraison d'un bien immobilier, en cas de malfaçons ou de non-respect du cahier des charges, est une première étape essentielle. 

Cependant, ces observations doivent impérativement être suivies d'actions concrètes de la part du promoteur. Cet article détaille la marche à suivre si ce dernier reste inactif.

Lorsque le promoteur ne procède pas aux réparations des désordres dûment constatés et consignés dans le procès-verbal de livraison (les "réserves"), le syndicat des copropriétaires doit d'abord lui adresser une mise en demeure. En l'absence de réponse satisfaisante ou de résultats concrets, il est alors opportun d'évaluer la pertinence d'une action en justice.



L'Opportunité d'une Procédure Judiciaire

L'évaluation de cette "opportunité" consiste à déterminer si le coût des réparations nécessaires, ou leur importance pour la copropriété, justifient les dépenses qu'engendrerait une procédure judiciaire. Ces frais incluent typiquement les honoraires d'avocat, les éventuels honoraires d'un conseiller technique et du syndic, ainsi que les honoraires de l'expert judiciaire.



Quel Délai pour Agir en Justice ? Les Différentes Garanties

Pour déterminer le délai d'action, il est crucial de comprendre les garanties applicables. Il en existe principalement trois :

- La garantie des vices et non-conformités apparents : C'est celle qui nous intéresse spécifiquement ici.
- La garantie de bon fonctionnement (ou biennale).
- La garantie décennale.

Attention : Ces garanties ne doivent pas être confondues avec l'assurance dommages-ouvrage (DO), qui est une assurance préfinançant les réparations relevant de la décennale.



Pourquoi la Garantie de Parfait Achèvement (GPA) n'est-elle pas Directement Opposable au Syndicat ?

La Garantie de Parfait Achèvement (GPA) est une obligation qui pèse exclusivement sur l'entrepreneur (l'entreprise ayant réalisé les travaux) au profit du maître d'ouvrage. En Vente en l'État Futur d'Achèvement (VEFA), le maître d'ouvrage est le promoteur-vendeur, et ce, même après la réception des travaux (moment où le promoteur prend possession de l'ouvrage de l'entrepreneur). C'est cette position de maître d'ouvrage qui permet au promoteur-vendeur de faire jouer les garanties de bon fonctionnement et décennale auprès des entreprises. Le syndicat n'est donc pas directement le créancier de la GPA.

Cependant, le syndicat dispose bien d'un délai spécifique pour agir contre le promoteur pour les réserves non levées, et ce délai est celui de la garantie des "vices et non-conformités apparents".



Le Délai d'Action pour la Garantie des Vices et Non-Conformités Apparents

Le délai pour engager une action est d'un an à compter de la date la plus tardive entre :

- La date de la réception (remise de l'ouvrage de l'entrepreneur au promoteur).
- La date de la livraison (remise du bien du vendeur à l'acquéreur).

À cette date la plus tardive, il faut ajouter un délai supplémentaire d'un mois.
Dans la plupart des cas, la livraison intervient après la réception. Par conséquent, si le syndicat décide d'assigner le promoteur pour la non-levée des réserves de livraison, il devra intenter son action avant l'expiration du délai d'un an et un mois à partir de la livraison.



Quelles Réserves Sont Concernées ?

Il s'agit des désordres (dégâts, malfaçons, non-façons) et des manquements contractuels (équipements promis mais non fournis, non-respect des descriptions ou engagements) observés :

- Au moment de la livraison (et dûment consignés sur le procès-verbal de livraison).
- Dans le mois qui suit le jour de la livraison.

Important : Pour qu'une réserve soit recevable, elle doit être notifiée au promoteur. Bien qu'il n'y ait pas de délai légal de dénonciation strict, il est crucial, pour des raisons de preuve évidentes, de procéder à cette notification dans le délai de garantie (donc avant le 31e jour suivant la livraison) et idéalement par Lettre Recommandée avec Accusé de Réception (LRAR).



Organisation et Contenu de l'Assignation
Avant d'assigner le promoteur en justice, il est conseillé de lui adresser une dernière mise en demeure formelle, accompagnée d'un tableau des désordres mis à jour.

Pour cela, le syndicat doit s'assurer de :

- Que le procès-verbal de livraison détaille tous les désordres et non-conformités constatés.
- Que tous les désordres et non-conformités observés dans les trente jours suivant la livraison soient notifiés par LRAR au promoteur.
- Notifier au promoteur tout désordre ou non-conformité apparu ou constaté ultérieurement (à condition que ces derniers ne soient pas imputables à l'intervention d'un tiers).
- Tenir un tableau constamment à jour de l'ensemble de ces désordres (avec les dates de notifications et de levées).

Il est à noter que les désordres apparus après l'expiration du mois suivant la livraison sont qualifiés de vices cachés. Ils relèvent alors des garanties de bon fonctionnement (deux ans à compter de la réception) ou décennale (dix ans à compter de la réception), ou encore d'un délai de cinq ans pour les dommages dits "intermédiaires" (liés à une faute du promoteur). Les non-conformités cachées sont, quant à elles, garanties dix ans à compter de la réception.



Pourquoi Inclure les Vices et Non-Conformités Cachées ?

Il est fortement recommandé d'inclure ces désordres "cachés" dans l'assignation initiale, même si leur délai de garantie n'est pas encore échu. Cela permet d'éviter, au cours de l'expertise judiciaire, de devoir demander une extension de mission, ce qui rallongerait et complexifierait la procédure.

Précision : Bien que le délai de la Garantie de Parfait Achèvement (GPA) — un an à compter de la réception — ne soit pas directement opposable au syndicat, il reste judicieux d'en suivre l'échéance. Pendant cette période, le promoteur peut plus facilement contraindre les entreprises responsables à effectuer les réparations, ce qui devient plus difficile une fois ce délai expiré.



Type de Procédure Contentieuse et Lancement

L'assignation se fera par une procédure en référé. Cette procédure ne nécessite pas de vote préalable en assemblée générale et a pour objectif d'obtenir du Juge la désignation d'un expert judiciaire. Cet expert, dont les honoraires seront à la charge du demandeur (le syndicat), aura pour mission de :

- Identifier les désordres.
- Analyser ces désordres (leur ampleur et la nature du préjudice).
- Déterminer leur responsabilité (désignation de l'auteur présumé).

À l'issue de cette phase, l'expert judiciaire déposera son rapport, qui listera définitivement les désordres, leur chiffrage estimé (basé sur les devis et rapports fournis par le syndicat) et les responsabilités théoriques associées.

Suite au dépôt de ce rapport, les parties entameront des négociations pour décider :

- Soit de transiger : Un accord est trouvé pour indemniser le syndicat, et le dossier est clos. Un projet de protocole transactionnel est élaboré et soumis à l'assemblée générale pour ratification. Une fois ratifié, chaque partie exécute ses obligations (versement de l'indemnité, désistement d'éventuelles actions en justice), et le dossier est classé. Le syndicat pourra alors engager les travaux de réparation grâce à l'indemnité perçue.

- Soit de ne pas transiger : Si les parties ne parviennent pas à un accord sur les conditions proposées. Dans ce cas, le syndicat devra décider en assemblée générale s'il souhaite assigner le promoteur en "ouverture de rapport". Cette procédure aura alors pour objectif de faire condamner le promoteur à verser l'indemnité retenue par l'expert judiciaire dans son rapport, à laquelle s'ajouteront tous les autres frais liés au dossier (honoraires d'expert, d'avocat, de conseiller technique, d'huissier, etc.).

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